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L'Érythrée demande à l'Onu d'intervenir dans son conflit avec l'Éthiopie
information fournie par Reuters 10/10/2026 à 17:31

L'Érythrée a demandé samedi au Conseil de sécurité de l'Onu de prendre des mesures dissuasives à l'encontre de l'Éthiopie, selon une lettre consultée par Reuters, faisant valoir que les accusations d'incursion formulées par Addis-Abeba à son encontre équivalaient à une "déclaration de guerre".

Cette incursion, démentie par l'Érythrée et que Reuters n'a pas pu vérifier de manière indépendante, fait craindre un retour à une guerre ouverte le long de la frontière nord de l'Éthiopie, où ces deux pays voisins de la Corne de l'Afrique se sont déjà affrontés par le passé.

Les conflits ailleurs dans la région et les tensions de l'autre côté de la mer Rouge accroissent encore les enjeux de ce conflit.

Le ministre érythréen des Affaires étrangères, Osman Saleh, a déclaré dans la lettre consultée par Reuters que les allégations d'incursion s'inscrivaient dans un plan éthiopien visant à justifier une guerre d'agression.

"L'Érythrée demande au Conseil de sécurité de l'Onu de condamner fermement la déplorable déclaration de guerre de l'Éthiopie contre l'Érythrée (...) et de prendre à son encontre les mesures dissuasives qui s'imposent, conformément au chapitre VII de la Charte des Nations unies", a-t-il écrit.

Le chapitre VII prévoit des mesures allant des sanctions à l'action militaire. Osman Saleh n'a pas précisé ce que réclame l'Érythrée.

L'Éthiopie a elle-même adressé vendredi un courrier aux membres du Conseil de sécurité en affirmant que les troupes érythréennes avaient progressé jusqu'à 60 km à l'intérieur de la région septentrionale du Tigré ces derniers jours et en avertissant que la présence de troupes étrangères ne lui laissait d'autre choix que de se défendre.

AFFRONTEMENTS PRÈS DE LA FRONTIÈRE

Le porte-parole du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed n'a pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire.

Plus tôt dans la journée, les forces gouvernementales éthiopiennes et les milices qui leur sont alliées sont entrées dans la ville tigréenne d'Adigrat près de la frontière avec l'Érythrée, selon trois habitants, quelques jours après que des troupes érythréennes ont été repoussées de cette ville stratégique.

Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux et vérifiée par Reuters montrait des membres d'une milice alliée au gouvernement éthiopien marchant dans les rues d'Adigrat, située à 30 km de la frontière avec l'Érythrée.

Trois habitants d'Adigrat ont également déclaré à Reuters avoir vu samedi matin l'armée éthiopienne et une milice alliée dans la ville. L'un d'eux a précisé avoir observé des soldats en patrouille accompagnés de véhicules militaires.

Des explosions ont été signalées mercredi et jeudi près d'Adigrat. Selon l'observatoire américain ACLED, l'Éthiopie aurait mené des frappes de drones contre les forces érythréennes, qui se sont ensuite retirées de leurs positions près de la ville.

L'ENJEU DE L'ACCÈS À LA MER

Les explosions se sont poursuivies vendredi, selon un habitant d'Adigrat, qui a déclaré à Reuters avoir entendu des détonations répétées pendant la nuit et jusqu'au matin, à plusieurs kilomètres de la ville.

Le ministre érythréen de l'Information, Yemane Gebremeskel, a déclaré vendredi que son pays avait fait preuve de retenue et qu'une affirmation formulée en 2023 par l'Éthiopie, pays enclavé, selon laquelle elle obtiendrait un accès souverain à la mer, équivalait à une déclaration de guerre d'agression contre son pays.

L'Éthiopie a disposé d'un accès à la mer pendant des décennies jusqu'à l'indépendance de l'Érythrée vis-à-vis d'Addis-Abeba en 1993. L'Éthiopie estime que le rétablissement de cet accès constitue une question existentielle, tout en affirmant vouloir y parvenir par la paix et le dialogue.

Addis-Abeba accuse en outre l'Érythrée de soutenir l'alliance rebelle qui combat les forces gouvernementales depuis le 23 septembre dans les régions septentrionales du Tigré, de l'Amhara et de l'Afar. L'Érythrée rejette ces accusations.

Après des années de conflit, les deux pays avaient conclu la paix dans le cadre d'un accord datant de 2018 qui avait valu à Abiy Ahmed le prix Nobel de la paix. L'Érythrée avait soutenu le gouvernement fédéral éthiopien durant la guerre civile du Tigré de 2020 à 2022, mais les relations entre les deux pays se sont de nouveau détériorées vers la fin du conflit.

Les combats qui ont éclaté le mois dernier constituent la plus grave escalade de violence depuis la guerre du Tigré, qui a fait des centaines de milliers de morts.

(Reportage de la rédaction de Nairobi, rédigé par Jessica Donati, version française Benjamin Mallet)

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